Crise | dépression existentielle : le mal qui ronge le surdoué

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Crise | dépression existentielle : le mal qui ronge le surdoué

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Crise Existentielle:

La crise existentielle – ou dépression existentielle – est une perte de sens globale éprouvée par une personne confrontée trop profondément à certaines préoccupations fondamentales qui ne peuvent pas forcément trouver de réponses concrètes. Par exemple la mort, la liberté, l’isolement, l’insignifiance de l’être… C’est une forme particulièrement pernicieuse de dépression car elle rend tout ce qui peut normalement aider un individu à sortir d’un état dépressif vide de sens et d’intérêt.

Pour beaucoup qui ne comprennent pas la douance, être surdoué signifie être doté de la chance extraordinaire de tout réussir…  Cela ne représente pas le début d’une réalité.
Car les enfants surdoués qui grandissent sans que leurs besoins éducatifs et affectifs soient pleinement satisfaits deviennent tôt ou tard sujet à des accès dépressifs ou à des troubles du comportement.
C’est en effet empirique : les personnes surdouées sont plus susceptibles de souffrir d’un type de dépression appelé dépression existentielle. Bien qu’un épisode de dépression existentielle puisse être provoqué chez n’importe qui par une perte – ou la menace d’une perte – majeure qui met en évidence la nature transitoire de la vie ; les personnes ayant des capacités intellectuelles supérieures sont plus enclines à vivre spontanément une dépression existentielle.
C’est donc le fléau du surdoué : trop contraint par son environnement, trop conscient de ses lacunes sans pouvoir trouver d’exutoires à son sentiment de décalage ; le surdoué peut s’enfoncer petit à petit dans cette forme si pernicieuse de dépression.

Qu’est-ce que la dépression existentielle ?

La dépression existentielle
La dépression existentielle (ou crise existentielle) est une dépression qui survient lorsqu’un individu rencontre certaines questions fondamentales de l’existence qui ne trouvent pas forcément de réponses concrètes et déstabilise la conscience qu’à un individu du sens de sa / la vie. Irvin Yalom (Existential Psychotherapy , 1980) décrit quatre de ces préoccupations ultimes: la mort, la liberté, l’isolement et l’insignifiance.

  • La mort est inévitable.
  • La liberté, dans un sens existentiel, se réfère à l’absence de structure extérieure. En d’autres termes, les humains n’entrent pas dans un monde qui est intrinsèquement structuré. Nous devons donner au monde une structure que nous créons nous-mêmes.
  • L’isolement reconnaît que même si nous sommes proches d’une autre personne, il y a toujours un vide et nous sommes néanmoins seuls.
  • L’insignifiance découle des trois premiers. Si nous devons mourir, si nous construisons notre propre monde et si chacun d’entre nous est finalement seul, quel sens à la vie?

Intégrer des référentiels multiples déstabilise la perception du monde
La vie de jeune enfant est, au final, assez facile. Vous êtes effectivement isolé du monde extérieur et vous apprenez la plupart de ce que vous savez des personnes qui vous sont proches: parents, frères et sœurs, membres de la famille élargie et amis de la petite enfance.
Vos idées de la vie, votre morale, vos points de vue et votre compréhension de ce qui est acceptable sont tous façonnés par ce que vous voyez parmi ce petit groupe de personnes.
Puis, à mesure que vous vieillissez, votre exposition aux influences extérieures augmente. Votre capacité de communiquer s’améliore, vous commencez à comprendre des idées plus complexes et vous interagissez avec des groupes de personnes plus diversifiés.
Soudainement, votre vision du monde est fréquemment remise en question alors que vous rencontrez des croyances, des traditions, des comportements et des modes de vie très différents des vôtres. Vous pourriez commencer à vous demander ce qui est bien et ce qui est mal. Ou plutôt, qui a raison et qui a tort.

Ce sont les premières racines de la dépression existentielle et elles sont assez universelles. La plupart des gens, à un moment donné de leur vie, traverseront une période où ils commenceront à remettre en question tout ce qu’on leur a appris. Pour certains, cela passera rapidement et sans douleur, mais pour d’autres, cela peut durer très longtemps.
La dépression existentielle n’est pas nécessairement la suite logique de cette découverte de la relativité de notre monde. Beaucoup de gens vont réfléchir aux questions profondes de la vie, du sens, et de l’univers de manière tout a fait heureuse; certains vont même se délecter du défi de contempler l’impondérable.
Pourtant, pour quelques-uns, ce questionnement peut se transformer en un état dépressif où le but même de la vie est remis en question.

Pourquoi les surdoués sont-ils sujets à la dépression existentielle ?

Parce ce qu’ils sont plus disposés à penser aux sujets de fonds : C’est en partie parce qu’il faut penser et réfléchir sérieusement à ces préoccupations ultimes plutôt que de se concentrer sur des aspects superficiels de la vie quotidienne. Or les surdoués sont d’infatigables « chercheurs de sens » : ces questions si fondamentales, parce qu’elles n’ont qu’un sens relatif, tourne en boucle chez la plupart d’entre eux.

Parce qu’ils sont généralement plus idéalistes : Parce que les surdoués sont capables d’envisager choses les plus courantes sous l’angle de ce qu’elles pourraient être, ils sont plus naturellement portés vers l’idéalisme. Mais en parallèle, leur grande lucidité les ramènent constamment (voir violemment) à la réalité ! Et comme ils sont généralement hypersensibles,  les surdoués ressentent plus vivement la déception et la frustration qui se produit quand les idéaux ne sont pas atteints voir – pire encore – atteignables.

Parce qu’ils repèrent systématiquement  les incohérences, l’arbitraire et les absurdités des sociétés et des comportements qui les entourent. Les traditions sont remises en question ou contestées. Par exemple, pourquoi imposer des restrictions aussi strictes à l’âge ? Ne devrait-on pas privilégier l’entendement – qui est décorrélé de l’âge ? Pourquoi les gens adoptent-ils des comportements hypocrites où ils disent une chose et en font une autre? Pourquoi tant de personnes sont-elles si irréfléchies et indifférentes dans leurs rapports avec les autres? Quelle différence la vie d’une personne peut-elle faire dans le monde?

Parce que quand ils soulignent ces incohérences, le monde se ferme. Ceci est particulièrement vrai lorsque les enfants surdoués essaient de partager ces préoccupations avec d’autres. Ils sont alors confrontés à des réactions allant de l’incompréhension à l’hostilité en passant par le plus total désintérêt. Ils découvrent que d’autres, surtout ceux de leur âge, ne partagent manifestement pas ces préoccupations, mais se concentrent plutôt sur des questions plus concrètes et s’adaptent aux attentes des autres.  Ils s’en retrouvent donc encore plus isolés.

Et que par conséquent ils éprouvent une improductive colère et une angoisse du vide : La réaction des jeunes surdoués à ces frustrations est souvent celle de la colère. Mais ils découvrent rapidement que leur colère est futile, car elle est vraiment dirigée vers le « destin » ou vers d’autres choses qu’ils ne peuvent pas contrôler. La colère impuissante évolue rapidement vers la dépression.

Dans une telle dépression, les surdoués essaient généralement de trouver un sens, un point d’ancrage qu’ils peuvent saisir pour se sortir du bourbier de « l’injustice ». Néanmoins, le plus souvent, plus ils tentent de s’en sortir, plus ils prennent conscience que leur vie est finie et brève, qu’ils sont seuls et ne sont qu’un tout petit organisme dans un monde assez vaste, et qu’il y a une liberté effrayante quant à la façon dont on choisit de vivre sa vie. C’est à ce moment-là qu’ils remettent en question le sens de la vie et demandent: « Est-ce la toute la vie ? N’y a-t-il pas un sens ultime? La vie n’a-t-elle de sens que si je lui donne un sens? Je suis un petit organisme insignifiant qui est seul dans un monde absurde, arbitraire et capricieux où ma vie peut avoir peu d’impact, et puis je meurs. C’est tout ce qu’il y a? »

Cette crise existentielle est particulièrement néfaste chez les jeunes surdoués. Ces inquiétudes ne sont pas trop surprenantes chez les adultes réfléchis qui traversent des crises de la quarantaine. Cependant, c’est un sujet de grande préoccupation quand ces questions existentielles sont au premier plan dans l’esprit d’un enfant de douze ou quinze ans. De telles dépressions existentielles méritent une attention particulière, car elles peuvent être des précurseurs du suicide.

Pour résumer : 11 motifs de crise existentielle chez les surdoués

  1. Isolement et solitude, en raison du sentiment d’être différent et de ne pas être vu ou compris par les autres.
  2. Faible estime de soi. Le sentiment persistant de ne pas s’intégrer (et potentiellement d’avoir été victime de brimades ou d’ostracisme quand on est plus jeune) peut mener à une mauvaise image de soi. Les individus surdoués se demandent ce qui ne va pas chez eux parce qu’ils semblent si en désaccord avec ceux qui les entourent. Ils peuvent aussi se comparer à d’autres, et leur perfectionnisme et leur lucidité sur leurs faiblesses peuvent les amener à s’auto dévaloriser comme s’ils n’étaient pas à la hauteur ou, au contraire, à juger les autres trop sévèrement.
  3. Malaise social. Les personnes douées peuvent trouver les intérêts ou la conversation des autres ennuyeux ou superficiels, ou ne pas comprendre pourquoi les autres ne voient pas le monde comme ils le voient. Ils peuvent avoir de la difficulté à participer socialement ou à se faire des amis.
  4. Difficulté de couple. Trouver des partenaires potentiels qui sachent les stimuler sur des suffisamment pour assurer une relation satisfaisante peut être très difficile pour les personnes surdouées. De même, les surdoués ont tendance à être plus androgynes (intellectuellement bien sûr), ce qui peut remettre en question les normes sociales relatives au rôle de genre.
  5. L’idéalisme des surdoués, la conscience aigüe et la capacité intellectuelle nécessaire pour se concentrer sur des problématiques métaphysique peuvent conduire à des sentiments de désespoir et d’insignifiance. Celles-ci peuvent être persistantes et récurrentes tout au long de la vie.
  6. Déception et frustration, avec l’incapacité des autres à suivre le rythme, l’apparente indifférence à l’égard de ce que les individus surdoués considèrent comme des impératifs moraux, ou avec le monde qui n’a pas de sens.
  7. Volonté de s’engourdir au travers de stupéfiants. En tentant de gérer l’intensité de leurs émotions et leur sensibilité accrue ou de faire face à des sentiments douloureux de solitude ou de dépression, les personnes douées peuvent trouver des moyens de « s’engourdir ». Cela ne fait qu’accentuer l’auto-dévalorisation et le sentiment d’insignifiance.
  8. Difficulté à prioriser les actions ou les « chemins ». La multipotentialité des adultes surdoués signifie qu’il y a un sentiment constant d’urgence à vouloir poursuivre de nombreux intérêts en même temps, et il peut être difficile d’exclure des options ou de s’engager. D’où une impression diffuse d’échec.
  9. Difficulté à tolérer des périodes de manque de direction ou d’ennui. Une fois qu’un domainede développement personnel a été exploré, les adultes surdoués peuvent s’ennuyer et donc prêts pour le prochain défi. Or il faudra peut-être un certain temps avant qu’une nouvelle orientation ne se dessine. En attendant l’ennuie accentue l’insignifiance.
  10. Manque d’épanouissement. Beaucoup d’adultes surdoués ont une liste impressionnante de réalisations et de talents, mais peuvent encore se sentir insatisfaits. Parfois, il est difficile de trouver un sens lorsque que l’on peut voir comment on pourrait régler un problème, mais se sentir incapable d’avoir un impact sur le monde et donc sur le problème en question.
  11. Erreur de diagnostic. Étant donné que de nombreux psychologues et éducateurs ne sont pas conscients des différences fondamentales liées aux surdoués, ils peuvent mal interpréter et « pathologiser » les pensées, les sentiments et les comportements typiques de cette population. Dans certains cas, cela mène à un diagnostic inapproprié de troubles mentaux.

Quels sont les signes de dépression existentielle ?

Une crise dépressive de type existentiel peut être identifiée en recherchant certains de ces symptômes communs:

  • Intérêt (qui frise l’obsession) à poser des questions profondes sur la vie, la mort, l’univers et le but de tout cela.
  • Perte d’intérêt pour presque tout le reste parce que dénué de sens.
  • Sentiments de déconnexion, de séparation, d’isolement et de solitude (vous coupez les liens avec les gens dans votre vie et vous vous sentez comme si vous n’aviez plus de place nulle part).
  • Une intolérance au statu quo de la société aux compromis, même les plus basiques.
  • Paralysie fonctionnelle causée par l’absence de motivation ou d’inspiration (On ne peut plus se résoudre à faire quoi que ce soit de concret car au final nos actions n’ont plus de sens).
  • Sentiment diffus « d’engourdissement » ou de « vide ».
  • Manque d’énergie et de vitalité
  • Pensées suicidaires.

Comment lutter contre la dépression existentielle ?

D’abord et avant tout : consultez un professionnel : cet article n’a rien d’une thérapie et seul un professionnel pourra vraiment vous aider.

Retrouvez une activité créatrice. L’une des façons de surmonter la dépression existentielle consiste à trouver des moyens de (re)donner un sens à notre vie, de contribuer à quelque chose et d’aider les autres.  Lorsque nous donnons de nous-mêmes, non seulement nous dynamisons l’orientation de nos efforts, mais nous donnons aussi un sens au temps que nous avons passé à la réalisation de ce projet. Cette création peut être matérielle (la peinture, l’apprentissage d’un instrument, créer un blog sur le web… Même faire des tours Eiffel en allumettes si cela vous chante).
Elles peuvent aussi être sociales : aider les démunis, former des jeunes, participer à un forum citoyen ou une association politique…. Faites juste quelque chose qui vous plait et où l’on attend de vous des résultats concrets. Et si ça ne vous plait pas, changez vite pour ne pas laisser place au sentiment d’échec …

Soyez compréhensifs : soit envers le monde, soit envers l’individu atteint de crise existentielle. Souvenez-vous des moments où vous étiez à plats pour leur parler. Si vous êtes vous-même atteint, faites-vous suivre par un psychologue pour vous aider à redonner du sens à l’autre.

Brisez l’isolement par le toucher. C’est une façon – certes triviale – mais très efficace de briser le sentiment d’isolement. De la même manière que les nourrissons ont besoin d’être tenus et touchés, les personnes qui vivent la solitude existentielle ont besoin de contacts. Le toucher semble être un aspect fondamental et instinctif de l’existence, aussi faut-il savoir accepter de donner et recevoir… des câlins. Un câlin, une pression sur le bras, une accolade voir même un très adolescent « high five » peuvent être salutaires en rétablissant au moins un lien physique.

Parlez à quelqu’un: même si vous avez l’impression que toutes les relations personnelles sont inutiles, cela vaut la peine d’essayer une thérapie de conversation. La logothérapie, une forme de psychothérapie mise au point par Viktor Frankl, est peut-être la plus adaptée à la dépression existentielle car elle traite de la recherche de sens dans nos vies.

Acceptez l’incertitude: une chose qui dérange beaucoup de gens est la quantité et l’ampleur des inconnues impliquées. Aucune réflexion ou recherche n’apportera jamais une réponse définitive aux questions de pourquoi et comment nous devrions vivre. Les mystères entourant la mort, l’univers, le libre arbitre ou le dessein resteront à jamais cachés, et l’accepter peut lever le fardeau de la contemplation incessante.

Concentrez-vous sur ce que vous POUVEZ faire: il est probable que vous êtes parvenu à la conclusion que votre influence sur le monde est limitée. Plutôt que de vous laisser abattre, essayez de considérer toutes les nombreuses petites façons dont vous pouvez avoir un impact sur ceux qui vous entourent. Comprenez que même si votre portée peut être limitée, le potentiel d’avoir un effet positif sur ceux qui s’ y trouvent n’est pas.

Explorez ou inspirez d’autres façons de faire. Les surdoués qui se sentent submergés par les myriades de choix d’un monde non structuré peuvent trouver beaucoup de réconfort à étudier et explorer d’autres façons de structurer leur vie. Par exemple en lisant des biographies sur des personnalités qui ont choisi des chemins spécifiques vers la grandeur et l’épanouissement : l’idée est de comprendre ou faire comprendre que les choix ne sont que des bifurcations sur le chemin de la vie, chacune d’entre elles pouvant les mener à leur propre sentiment d’épanouissement et d’accomplissement (Halsted, 1994). Il nous revient en effet de construire notre propre philosophie personnelle de croyances et de valeurs qui formeront des cadres significatifs pour nos vies. Cela nous appartient – à nous seuls !

Embrasser les différences: pour aborder les sentiments de déconnexion et d’isolement, vous devez accepter le fait que vous êtes unique. Plutôt que de voir cela comme une mauvaise chose, essayez d’ y voir une occasion de vous engager avec des entités bien distinctes des vôtres. Oui, vous ne pourrez jamais être eux, ressentir comme eux, voir comme eux, mais vous pouvez apprendre d’eux et mieux comprendre leur version de la réalité. Ne présumez pas l’existence de torts et de droits absolus, mais comprenez la diversité des cultures et des opinions.

By |2018-02-28T16:51:05+00:00février 28th, 2018|Categories: Douance Troublée|2 Comments

2 Comments

  1. Bérénice Castella juillet 23, 2018 at 7:17 - Reply

    Excellent article. D’où l’importance du dépistage de la surdouance et l’accompagnement par des personnes bienveillantes qui permettent aux surdoué d’avancer en comprenant qui il sont et ce qui se passe en eux. Beaucoup de parents sont conscients des problèmes et veulent aider leur enfant mais ils sont souvent dépassés et n’ont pas les bons outils…Beaucoup de préjugés et de méconnaissance chez les enseignants aussi qui saisissent mal qu’un enfant qui réussit (pas toujours, on est d’accord) puisse être en souffrance.

  2. Adrian août 7, 2018 at 9:41 - Reply

    Bonsoir. Je trouve que le problème d’aider et de s’impliquer dans une activité, même humanitaire, n’a pas non plus de sens, dans tous les cas tout est plus ou moins anéanti à la fin, et aider les autres n’aurait de sens que si leurs vies elles-même avaient un sens…
    Ma pensée est peut-être un peu confuse, je m’en excuse.
    J’ai commencé à consulter une psy mais ça n’avance pas, je ne lui ai pas dit que j’étais possiblement surdoué mais je lui ai parlé de mes questions existentielles. Elle ne fait que m’écouter, me relancer ou me demander d’éclaircir certaines de mes phrases parfois un peu obscures…

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