Ce n’est pas que les surdoués soient incapables d’atteindre leurs objectifs, c’est la façon dont ils s’y prennent pour les fixer et de travailler pour les atteindre : bien souvent leurs objectifs sont irréalistes. Apprendre à jouer du piano est un excellent objectif, mais en une semaine ce n’est pas réaliste.
De même si certains enfants savent parfaitement fixer un objectif, ils ne savent pas comment l’atteindre. Ils semblent penser que le simple fait de vouloir quelque chose va d’une certaine manière le faire se réaliser. Cela peut être particulièrement vrai pour les enfants surdoués pour qui tout vient facilement.
En conséquence, ils peuvent se décourager, abandonner d’ou la nécessité de les accompagner pour maîtriser la notion d’objectif.

D’abord déterminez l’objectif

La première étape pour atteindre un objectif est d’en identifier un. Les objectifs peuvent être à court ou à long terme, ce qui signifie qu’un objectif peut être immédiat ou futur. Dans les deux cas, tous les bons objectifs ont les mêmes qualités en commun :

Les bons objectifs sont spécifiques

Si votre enfant veut se fixer comme objectif de devenir un bon étudiant, il aura du mal à atteindre cet objectif car il n’est pas spécifique – il est trop subjectif. A contrario, obtenir 19/20  de moyenne serait un objectif plus spécifique. Votre enfant voudra peut-être apprendre à jouer du piano, mais c’est un objectif à long terme. C’est aussi un peu vague. Apprendre à jouer du piano pour son plaisir personnel est une chose. Apprendre à en jouer pour faire partie d’un groupe ou d’un orchestre est en est une autre…  et être pianiste professionnel encore une autre ! Pour les jeunes enfants, apprendre à jouer du piano peut être un objectif à long terme suffisant. Apprendre à jouer les gammes au piano est un objectif spécifique à court terme. Apprendre à jouer la « lettre à Elise » avant les vacances d’été est aussi un bon objectif : il y a un résultat concret à la clé.

Les bons objectifs ont des échéances

Si un objectif n’est pas assorti d’une « deadline », il sera trop facile de l’ignorer. Si un enfant a pour objectif d’apprendre à jouer du piano mais n’a pas de date butoir, il se peut que cela n’arrive tout simplement jamais. Les objectifs à long terme auront des échéances plus éloignées dans le futur que les objectifs à court terme, c’est pourquoi il est important de décomposer les objectifs à long terme en objectifs à court terme. Apprendre à jouer des gammes au piano en deux semaines est un bon objectif spécifique assorti d’une bonne date limite. En cela il contribue très bien à l’objectif moyen terme « apprendre à jouer la lettre à Elise ».

Les bons objectifs sont sincères et partagés

Les objectifs de votre enfant doivent être les siens, pas les vôtres. Si vous souhaitez que votre enfant obtienne 19/20 de moyenne, et bien ce n’est peut-être pas son objectif à lui. Si votre enfant ne veut pas atteindre son objectif, il ne sera pas motivé pour le faire et il est donc dangereux de confondre objectif et contrainte !  D’ailleurs – sans se faire des nœuds au cerveau – essayer d’encourager votre enfant à atteindre vos objectifs va à l’encontre de votre objectif d’aider votre enfant à se fixer des objectifs … et comme disaient nos grands-parents « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

Vous n’aimez peut-être pas les objectifs de votre enfant, mais votre travail consiste à l’aider à créer et à atteindre ses propres objectifs. Et si vous ne vous y pliez pas, vous ne l’aiderez même pas a devenir potentiellement médecin : incapable de se « challenger » de manière constructive, il échouera plus fréquemment devant la complexité.

Et pour le point précis des objectifs « parentaux » versus les objectifs de vos enfants ; n’oublions pas cette petite phrase de sagesse : les enfants ne nous sont que prêtés : après ils deviennent adultes…

Notez l’objectif pour qu’il soit le fruit d’une vraie réflexion et non d’une intuition

En écrivant/décrivant un objectif, vous obligerez votre enfant à réfléchir à un but précis et à le rendre plus « réel ». Pensez-y comme à un « état d’esprit ». Cela aide l’esprit à s’y préparer et à y réfléchir.

Demandez également à votre enfant d’écrire les raisons pour lesquelles il veut atteindre cet objectif. S’il a du mal à écrire pourquoi l’objectif est important pour lui, il se peut qu’il ne s’agisse pas de quelque chose qu’il souhaite vraiment. Par exemple, si votre enfant écrit qu’il veut rendre maman heureuse à travers cette action, il se peut que l’objectif ne soit pas sincèrement le sien. Cela ne veut pas dire que rendre maman heureuse ne peut pas être une des raisons ; mais ce ne doit pas être l’unique raison – voir même la raison principale. Par exemple, si un enfant se fixe comme objectif d’obtenir un 19 en physique, l’une des raisons peut être de rendre maman heureuse, mais cela ne doit pas être la seule raison.

Listez des étapes nécessaires pour atteindre l’objectif

Qu’il s’agisse d’un objectif à long terme ou à court terme, vous voudrez aider votre enfant à trouver le moyen de l’atteindre. Pour un objectif à long terme, il s’agira de dresser une liste des objectifs à court terme qui doivent être atteints pour parvenir à l’objectif principal.

Avec l’objectif à long terme d’apprendre à jouer du piano, votre enfant peut commencer avec l’objectif à court terme d’apprendre à jouer des gammes en deux semaines. Que faudra-t-il faire pour atteindre cet objectif ? Pour un jeune enfant, une demi-heure de pratique des gammes par jour peut suffire. Voilà donc un plan d’action qui commence à se dessiner !

Mais si votre enfant a un objectif à long terme, il n’est peut-être pas dans son intérêt de planifier la manière d’atteindre chaque objectif à court terme. Séparez plutôt l’objectif à long terme en objectifs intermédiaires. Un enfant qui veut devenir astronaute peut se sentir submergé par une liste de plusieurs pages d’objectifs à court terme.

Aidez plutôt votre enfant à dresser une liste d’objectifs comme « obtenir 19 de moyenne en sciences ». Cet objectif serait pour l’année scolaire en cours.

Une bonne façon d’aborder la création d’un plan est de commencer par l’objectif et de travailler à rebours. Si l’objectif est à long terme, aidez votre enfant à commencer par rendre les premiers (en sens inverse sur une grille temporelle) plus généraux.

En d’autre termes plus l’objectif est proche dans le temps, plus il doit être factuel.

Lorsque les enfants ne parviennent pas à respecter une échéance, ils peuvent avoir l’impression d’être des ratés. Il n’est pas rare que des enfants surdoués s’imaginent qu’ils peuvent atteindre un objectif bien plus tôt qu’il n’est raisonnable de s’y attendre. Mais la seule façon de ne pas atteindre un objectif réaliste et précis est justement d’y renoncer…. Alors ce travail un peu sec – ce pensum – à faire avec votre enfant est vraiment indispensable car il lui apprendra à construire de vrai plan de bataille ; de vraie « road map » atteignables et pourra limiter un éventuel découragement car il lui fournira de nombreux petits succès intermédiaires.

Certaines personnes, et pas seulement les enfants, pensent qu’ils peuvent accomplir une tâche en beaucoup moins de temps qu’il ne leur en faut. Ceux qui réussissent à atteindre leurs objectifs ont appris à se donner plus de temps qu’ils ne l’estiment nécessaire. Par exemple, si votre enfant pense qu’il peut apprendre à bien jouer les gammes de piano en trois jours, encouragez-le à doubler ce temps. Si votre enfant fait partie de ceux qui pensent que les objectifs peuvent être atteints immédiatement, encouragez-le à tripler le temps qu’il pense qu’il lui faudra pour atteindre l’objectif.

Enfin, avant de souhaiter à votre surdoué plein de succès…

Pour aider votre enfant à apprendre à se fixer des objectifs et à les atteindre, assurez-vous que ces objectifs sont les siens. Vous devrez peut-être l’aider à préciser l’objectif en fixant une date limite et à élaborer un plan pour l’atteindre. Mais c’est votre enfant qui doit faire le plus gros du travail et de la réflexion. Fixer un objectif et élaborer un plan pour l’atteindre pourrait être son premier objectif !