Un adolescent triste, visiblement en crise

La Douance renforce les problèmes de l’adolescence:

Les jeunes surdoués âgés de 11 à 15 ans font fréquemment état d’une série de problèmes résultant de l’abondance de leurs dons : perfectionnisme, compétitivité, évaluation irréaliste de leurs talents, rejet par leurs pairs, confusion due à des messages contradictoires sur leurs talents, pressions parentales et sociales pour réussir, ainsi que des problèmes liés à des programmes scolaires peu stimulants ou à des attentes trop accrues.

Certains éprouvent des difficultés à trouver et à choisir des amis, un programme d’études et, finalement, une carrière. Les problèmes de développement que tous les adolescents rencontrent existent également pour les élèves surdoués, mais ils sont encore complexifiés par les besoins et les caractéristiques spécifiques des élèves surdoués. Or, une fois que les conseillers et les parents sont conscients de ces obstacles, ils semblent mieux à même de comprendre et de soutenir les adolescents surdoués. Des adultes attentionnés peuvent aider ces jeunes à « s’approprier » et à développer leurs talents en comprenant et en répondant aux défis d’adaptation et aux « stratégies de survie ».
Plusieurs dynamiques de la douance interfèrent continuellement avec les gains d’ajustement pendant l’adolescence. Buescher (1986) a constaté que, pendant les premières années de l’adolescence, les jeunes surdoués rencontrent plusieurs obstacles puissants, seuls ou en combinaison.

L’appropriation et la conscience de la valeur réelle de leur talent :

Les adolescents surdoués « s’approprient » tout en remettant en question la validité et la réalité des capacités qu’ils possèdent. Certains chercheurs (Olszewski, Kulieke et Willis, 1987) ont identifié des modèles d’incrédulité, de doute et de manque d’estime de soi chez les étudiants plus âgés et les adultes : le fameux « syndrome de l’imposteur » décrit par de nombreuses personnes haut-potentiels. Bien que les talents aient été reconnus dans de nombreux cas dès le plus jeune âge, des doutes subsistent quant à l’exactitude de la détection de leur douance et à l’objectivité des parents ou des enseignants préférés (Delisle & Galbraith, 1987 ; Galbraith, 1983).

La pression exercée par les pairs en faveur du conformisme (les logiques de groupe propres à cet age), associé aux doutes propres à cet âge de profonde transformation, peut conduire à la négation de la capacité la plus exceptionnelle. Le conflit qui s’ensuit, qu’il soit léger ou aigu, doit être résolu en acquérant une « appropriation » du talent identifié. En d’autres terme il faut trouver les moyens de rassurer le surdoué sur la véracité de son talent.

Une deuxième pression fondamentale souvent ressentie par les étudiants surdoués est que, puisqu’ils ont reçu des dons en abondance, ils ont le sentiment qu’ils doivent se donner en abondance. Souvent, il est subtilement sous-entendu que leurs capacités appartiennent aux parents, aux enseignants et à la société et non à eux. Ils s’en trouvent dépossédés de leur vie avec – sur eux – les effets que l’on imagine aisément.

Le décalage entre potentiel réel et potentiel estimé:

De leur propre aveu, les adolescents surdoués se sentent souvent perfectionnistes. Ils ont appris à fixer des exigences élevées, à s’attendre à « faire plus » et à « être plus » que ce que leurs capacités pourraient en fait leur permettre. Les désirs de l’enfance d’accomplir des choses exceptionnelles deviennent incroyablement plus puissants à l’adolescence. Il n’est pas rare que les adolescents surdoués connaissent un véritable décalage entre ce qui est réellement fait et la qualité de ce qu’ils attendaient. Souvent, ce décalage perçu par les jeunes est bien plus important que ce que la plupart des parents ou des enseignants ne réalisent.

Limiter la prise de risque pour ne pas s’exposer à une sous-performance:

Si la prise de risque a été utilisée pour caractériser les enfants surdoués, elle diminue généralement avec l’âge, de sorte que l’adolescent surdoué est beaucoup moins susceptible de prendre des risques que les autres. Pourquoi cette évolution des comportements de prise de risque ? Les adolescents surdoués semblent être plus conscients des répercussions de certaines activités, qu’elles soient positives ou négatives. Ils ont appris à mesurer les avantages et les inconvénients liés aux nombreuses opportunités et à en peser les alternatives. Pourtant, leur maturité à cet égard les conduit trop souvent à rejeter même les activités acceptables qui comportent un certain risque (par exemple, les concours, les compétitions sportives, les présentations publiques) ; pour lesquelles un succès est moins prévisible et des normes de performance moins acceptables à leurs yeux. Une autre cause possible de prise de risque moindre pourrait être la nécessité de garder le contrôle – de rester dans des sphères d’influence où les relations difficiles, les cours et les enseignants exigeants ou la concurrence intense ne peuvent entrer sans un contrôle personnel absolu.

Attentes concurrentes :

Les adolescents sont vulnérables aux critiques, aux suggestions et aux stimuli émotionnels des autres. Les parents, les amis, les frères et sœurs et les enseignants sont tous désireux d’influencer le potentiel pour le guider dans ce qu’ils pensent être sa voie. Souvent, les attentes des autres en matière de surdoués sont en concurrence avec leurs propres rêves et projets. Delisle (1985), en particulier, a souligné que l' »attraction » des attentes et intérêts d’un adolescent doit –plus encore que pour les autres ados – se construire à contre-courant des désirs et des exigences des autres. Le dilemme est compliqué par les nombreuses options qui s’offrent à étudiant très talentueux : Plus le talent est grand, plus les attentes et les interférences extérieures sont grandes.
Les adolescents surdoués rapportent régulièrement des épisodes – disons le dramatiques – où ils ont été poussés jusqu’au doute et au désespoir par des enseignants insensibles, des pairs et même des parents qui ne concevaient pas que leurs désirs pouvaient différer des projets parentaux.
Faire face aux aléas de l’adolescence tout en devant « faire ses preuves » dans la salle de classe, au sein de la famille ou dans le groupe d’amis épuise l’énergie allouée aux tâches normales d’adaptation et entraîne une frustration et un isolement fréquents chez les ados surdoués

L’impatience :

Comme la plupart des autres adolescents, les élèves surdoués peuvent être impatients à bien des égards : désireux de trouver des solutions à des questions difficiles, désireux de nouer des amitiés satisfaisantes et enclins à choisir des alternatives difficiles mais immédiates pour des décisions complexes… La prédisposition à la prise de décision impulsive, associée à un talent exceptionnel, peut rendre les jeunes adolescents particulièrement intolérants aux situations ambiguës et non résolues. Leur impatience face à l’absence de réponses, d’options ou de décisions claires les pousse à chercher des réponses là où il n’en existe pas, en s’appuyant sur un sens de la sagesse éclairé, bien qu’immature. La colère et la déception lorsque des résolutions hâtives échouent peuvent être difficiles à surmonter, en particulier lorsque camarades moins « capables » réussissent ou – par jalousie- se réjouissent de ces échecs

Identité prématurée :

Il semble que le poids des attentes concurrentes, la faible tolérance à l’ambiguïté et la pression des multiples potentiels alimentent chacun des tentatives très précoces d’atteindre une identité d’adulte, un stade normalement atteint après l’âge de 21 ans. Cela peut créer un sérieux problème pour les adolescents surdoués. Ils semblent s’orienter prématurément vers des choix de carrière qui court-circuitent le processus normal de crise d’identité et de résolution et les condamnent à mener une vie qu’ils ne voulaient en fait pas vivre. Bien souvent, pour ces ados surdoués qui furent des enfants ou des élèves « modèle » ; la crise de la quarantaine n’est pas un mythe !