Enfant Surdoué

Le petit guide du test de QI pour les parents et leurs enfants

Le petit guide du test de QI pour les parents et leurs enfants
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Détecter un surdoué : le plus tôt, le mieux ; mais avec le bon test psychométrique

Il existe deux types de tests pratiqué généralement pour l’évaluation des compétences: les test de QI (ou tests psychométriques, comme il convient de les appeler) individuels  et  les tests de QI de groupe. Les premiers sont les seuls a recommander dans la détection de la douance. Ils sont généralement organisés et menés par un psychologue spécialiste de la question et spécifiquement pour l’enfant à tester. Les seconds sont des tests standards que l’on retrouve dans certains établissements ou l’ensemble de la classe va être testée afin de définir des profils pour l’orientation scolaire. Cette seconde famille de test est – par exemple – largement utilisée par les Grandes Ecoles dans leur processus de recrutement.

Avant de lancer sa petite tête blonde dans l’aventure, voyons donc un peu plus en détail à quoi ces tests correspondent et surtout, à quoi ils ne correspondent pas !

 

Surdoués et tests de Groupe : le couple qui ne marche pas !

Bien que ces tests de capacité de groupe contiennent des questions de nature à discerner les hauts niveaux de succès (les questions les plus difficiles);  la grande majorité des questions sont exclusivement destinées aux enfants qui font habituellement partie du groupe testé. En cela ils sont « normalisés », c’est-à-dire qu’ils quantifient la norme, selon des exercices impliquant des méthodes de pensées propre à la norme. Cela signifie qu’il n’y a aucun exercice spécifique apte à différencier l’enfant surdoué de l’enfant normal et aucune question pouvant quantifier le niveau de douance (en effet le suivi d’un EPI à 131 de Quotient Intellectuel sera très différent de celui qui monte à 160)

Pire encore,  alors que la corrélation entre les tests de groupe et les tests de QI individuels est assez élevée pour les scores moyens, cette corrélation disparaît presque pour les scores de surdoués. Cela signifie qu’un enfant moyen obtiendra un score très similaire à un test de QI de groupe et à un test de QI individuel, alors q’un enfant surdoué, a contrario,  peut produire des résultats extrêmement disparates avec des niveaux de réussite extrêmement bas aux tests de Groupe et des niveaux extrêmement élevés aux tests individuels. Une étude anglo-saxonne (publiée sur le site du Davidson Institute si j’ai bonne mémoire) montre même une corrélation inverse entre niveau de douance et succès aux tests de groupes : plus le sujet sera surdoué, plus son succès aux tests de Groupe sera faible.

Les tests de capacité de groupe regroupent des familles des tests tels que le test d’aptitudes cognitives (par exemple le CogAT américain), les tests affiliés à la NEMI et la plupart des tests d’orientation proposés par certain établissement scolaire en France.

Donc ce n’est pas parce que  votre enfant a raté un test d’aptitude scolaire ou cognitifs qu’il faut évacuer la question de la douance ; bien au contraire ! En tous cas si votre enfant ; ou quelqu’un de votre entourage présente certains comportements caractéristiques du surdoué

Les tests de QI individuels ont tendance à être beaucoup plus précis pour les surdoués bien évidemment ; mais aussi pour l’ensemble de la population. Ils servent de référence pour quantifier la douance auprès de certains organismes comme MENSA, l’association Internationale des surdouées. Il s’agira principalement de tests comme le WISC, le WAIS IV par exemple

Néanmoins même ces tests sont limités, de par le simple fait qu’ils doivent être calibrés statistiquement ; et Mais ces tests ne sont généralement pas tous conçus pour différencier les enfants surdoués : en effet afin de pouvoir quantifier chaque niveau de douance (les HQI à 131 et les THQI a 160 par exemple), il faudrait pouvoir « tester le test » sur un échantillon sufffisament important de chaque type de population. Or vu la rareté de ces profils ; obtenir un échantillon exhaustif de chaque population s’avère être bien trop prohibitif pour les éditeurs de tels tests . En effet chaque test a un « plafond » ; un score le plus élevé possible. Ces scores varient selon le test, et chaque test est habituellement divisé en sous-tests, dont chacun a également un plafond. Si un enfant «atteint le plafond» sur plusieurs sous-tests, son score global peut être abaissé par les scores les plus faibles aux différents sous-tests et obtenir ainsi un score de QI artificiellement déprécié.

Cette limite est particulièrement vraie pour les surdoués asynchrones ; c’est-à-dire ayant des fortes variances dans les niveaux d’aptitudes que l’on mesure.

Les scores maximaux varient d’un essai à l’autre tous comme ils varient au sein d’un test, d’un sous-test a un autre sous-test. Ils varient également en fonction de l’âge de l’enfant. Le WPPSI, par exemple, à des plafonds inférieurs de sous-test lorsque le sujet testé se rapproche de son âge limite de 7 ans 0 mois. Il est d’ailleurs conseillé par l’éditeur que les enfants surdoués de plus de 6 ans 0 mois soient plutôt testés avec la version définie pour la tranche d’âge supérieure :  le WISC.

Le WISC, lui même, a des problèmes de plafond près de sa limite d’âge de 17 ans 0 mois. Ainsi il est souvent conseillé aux enfants surdoués de plus de 12 ans d’attendre un peu pour pouvoir passer le WAIS (version du test pour adulte) quand ils sont assez vieux ( 16 ans pile poil). Néanmoins si l’urgence d’un suivi se fait sentir et nécessite un test, rien n’empêche un enfant qui frise la limite d’âge d’une version de test de le passer. Il faut néanmoins garder en mémoire que l’estimation du QI en résultant sera potentiellement biaisée par ce système de pallier et qu’il faudra par conséquent envisager de repasser le test une fois l’âge pallier du niveau supérieur atteint.

Si l’on parle des tests psychométrique inspirés du Dr Wechsler chaque sous test comporte un score –plafond équivalent à une note de 18 ou 19. L’incidence de l’atteinte d’un score plafond dans un des sous tests peut être une déviance du score général allant jusqu’à deux points. Ainsi la fiabilité d’un test est directement conditionnée par la non atteinte du plafond dans chacun des sous test. C’est pourquoi il est généralement très fortement conseillé de doublé ce genre de tests avec des tests complémentaires afin d’affiner l’appréciation de chaque aspects de l’intelligence. Il n’existe aucune règle à ma connaissance pour le choix de ces tests complémentaires. La seule règle en fait est d’organiser le test de votre enfant avec l’aide d’un psychologue qui soit spécialisé en la matière ou a minima bien au courant des pratiques d’évaluation du QI (et c’est assez compliqué à trouver).

Un test de QI : OK mais que va t il me dire ?

Avant de discuter plus avant des tests, il est important de comprendre quel genre de résultats un test fournit. Il y a beaucoup de scores différents produits par un simple essai. Un score standard (SS) représente une comparaison de l’enfant à la population sur laquelle le test a été échantillonné et  où le score moyen est de 100 avec un écart-type généralement fixé à 15 points. Cela signifie que l’enfant moyen obtient 100 points et que 95% de la population obtient un score entre 70 et 130, ou deux écarts types de la norme. Les individus obtenant des notes strictement supérieures à 130 sur l’ensemble du test seront considérées comme surdouées ;  ou surdouées dans le sujet spécifiquement abordé par le sous-test en question.

Les notes obtenues lors de ces tests sont aussi comparées et ramenées au score moyen de la tranche d’âge correspondant au sujet testé : ils fournissent ainsi généralement deux types de comparaisons : des résultats en comparaison des notes moyennes et des résultats en comparaison des tranches d’âge. Par exemple prenons un score d’un sous test de 7 sur 10 : le sujet sera considéré comme surdoué par rapport au standard de réussite de sa tranche d’âge, mais aussi il lui sera assimilé l’âge l’âge qu’il faudrait avoir pour un enfant standard pour obtenir le même score.

Score aux tests de QI et saut de classe : la corrélation trompeuse !

Les résultats sont tombés et vous découvrez que le score de votre enfant en 6ieme est si élevé qu’il correspond au niveau moyen des adolescents de 3ieme. En bon parent, vous pensez immédiatement que le collège est une étape inutile dans le parcours scolaire de votre petit EPI et qu’il convient de lui éviter ces trois d’ennuis insupportable…. Eh bien non ! En effet ce que l’on pourrait appeler  l’âge mental est l’age qu’il faudrait avoir pour un enfant standard pour obtenir le même score que votre enfant à un test. Cela ne veut pas dire que si votre enfant avait passé le test de la tranche d’âge en question, il aurait obtenu une note de 5 sur 10…. Il s’agit donc plus d’un indicateur d’avance (au sens ou un enfant est en avance du fait d’aptitudes supérieures) qu’un score d’âge mental a proprement parler.

Les scores percentiles comparent votre enfant au reste de la population normative d’un test. Un score du 95e percentile signifie que votre enfant a obtenu mieux que 95 %  de la population normale sur laquelle le test a été échantillonné.

Certains tests associent un Indice de Confiance (qui est le même que celui généralement utilisé en statistique) à chaque résultat. L’intervalle de cet indice de confiance peut varier considérablement en fonction du test ou des résultats obtenus à ceux-ci. Il est donc assez important de débriefer sur l’indice de confiance statistique associé au test pour pouvoir juger des résultats qu’il donne. Pour s’éviter ce pensum (si vous êtes comme moi traumatisé par les cours de stats), sachez que certains tests de référence ont d’excellent intervalles de confiance. Il s’agit, par exemple, des tests nés de l’approche de Wechsler (WAIS / WISC etc. etc.).

Tests d’aptitudes systématiques à l’école : Un mieux mais pas une panacée

Très utilisés dans le système scolaire américain notamment les tests de détection de talents sont des tests de groupe. Les tests de référence outre atlantique sont les SAT-I (Scholastique Assessment Test) et le ACT (American College Testing) ; je les mentionne car je trouve qu’il est bon de systématiser ce genre de test dans l’enseignement – en tout cas si l’on y intègre une partie plus spécifiquement dédiée au diagnostic des surdoués. Dans notre cas américain, les tests ne sont pas forcément une panacée car ils sont échantillonné sur un standard national commun ; c’est-à-dire sur l’ensemble de la population estudiantine. Les surdoués peuvent donc passer entre les mailles du filet ; voir même se planter magnifiquement en cas d’asynchronie. Mais bon, c’est toujours mieux que rien.

Parce que rien c’est un peu ce que l’on a dans notre pays : à part quelques initiatives dans certains établissements, il n’y a aucun processus systématique et standardisé de détection des EPI… Personnellement je trouve cela dommage, car un EPI non détecté est hélas trop souvent synonyme de talents inexprimés…

Enfin les tests de Groupe ne sont pas une panacée pour les surdoués ; En effet ils sont ambiguës pour la plupart des EPI. En effet ils sont rédigés de manière à être compris par tous, y compris les enfants un retard. Et cette formulation peut amener les surdoué à considérer que plusieurs réponses sont possibles à une même question, alors qu’on ne leur demande qu’une seule réponse.

Par exemple, imaginons la question «  Une femme possède 49 bonbons et il lui en reste 7 ; quelle méthode doit être utilisée pour expliquer pourquoi elle en a 7 maintenant ». Les réponses possibles : Division, soustraction, multiplication, addition.

Un enfant standard n’hésitera pas : c’est une soustraction, elle a donné 42 bonbons autour d’elle.Et cela est d’autant plus facile qu’elle est influencée par les exercices habituels des classes, lorsque l’on apprend la soustraction (l’énoncé reprend la manière habituelle d’énoncer un problème). Néanmoins un surdoué sera complètement désorienté par cette question dans la mesure où il voit une possibilité d’arriver à ce résultat avec l’ensemble des réponses ! Dans le cas précis, un surdoué pourrait répondre la multiplication car après tout, 49 est la racine carrée de 7… Devant cette possibilité le réflexe du surdoué sera de se demander, non pas quelle est la bonne réponse ; mais « quelle est la réponse que l’on attend de moi ? ». Ce qui peut l’amener à des erreurs alors même que ses raisonnements sont justes. Or le test de groupe ne donne aucune place à l’intéraction avec le testeur… On ne peut en aucun cas demander pourquoi cette réponse plus qu’une autre et si d’autres est possible. Ce n’est pourtant pas bien compliqué d’ajouter une telle fonctionnalité aux tests pour déceler les profils atypiques.

Mais alors quel test pour mon EPI potentiel ?

Les tests psychométriques  individuels, tels que le WPPSI (4ieme version – entre environ 2 et 6 ans) ; le WISC IV ( grosso modo de 6 a 16ans), le WAIS IV (grosso modo de 16 à 79 ans) ainsi que le K-ABC-II pour les enfants entre grosso modo 3 et 12 ans )

Ces tests sont administrés individuellement, préférablement par un psychologue spécialisé, qui sera en mesure de choisir quel test faire passer, de définir les tests complémentaires nécessaires (tests de personnalité etc  etc) et surtout de procéder à l’accompagnement indispensable dans la lecture des résultats ainsi que celui du profil détecté surdoué. De même un accompagnement par un professionnel permettra de mieux orienter la panoplie de test : il vous recevra pour comprendre votre démarche. Si l’examinateur connaît vos préoccupations et vos questions avant le test, il peut choisir les instruments qui vous donneront le plus d’information sur votre enfant et ses forces et faiblesses. Il est donc important de partager vos préoccupations et questions en détail avant de passer à l’étape du test psychométrique.

Un article spécifiquement dédié à ces psychologues spécialisés  sera prochainement publié, et je vais tenter aussi de constituer un annuaire de référence en la matière (ce sera beaucoup plus long – ne serait-ce que pour agréger une base de données qualifiée et développer un moteur de recherche idoine …)

Doit-on tester son enfant au premier doute ? La question du « quand tester » ?

Si l’enfant est surdoué il y a-t-il un rationnel impliquant qu’il est trop jeune / trop vieux pour être testé? EN fait il n’y a aucun rationnel. Juste des bonnes pratiques ; et comme bien souvent les bonnes pratiques, elles relèvent du bon sens. Ainsi le meilleur moment pour tester le surdoué est quand il faut une réponse à la question…  Apparition de difficultés scolaires ou d’un désintérêt pour l’école ; choix d’une nouvelle école, décision d’orientation scolaire, choix d’une méthode éducative (Steiner, Montessori …) ; bref les occasions sont multiples et ne manqueront pas de se présenter à vous. Si tout va bien pour votre enfant, qu’il semble épanoui, vous n’avez pas forcément besoin en urgence de le tester. Si les soucis commencent ou si vous décidez de prendre parti pour un établissement spécifique,  alors n’hésitez plus… En effet parfois l’attente peut être saine : surtout si votre enfant atteint l’âge limite pour une catégorie de test mais est encore trop jeune pour passer les tests liés à la tranche d’âge supérieurs.

Néanmoins il faut savoir que les informations obtenues grâce à ces tests peuvent être précieuses. Il est utile pour les parents de connaitre le potentiel de leur enfant avant quand les enseignants affirment qu’ «il est socialement immature» ou qu’ «elle ne possède pas les capacités d’un enfant de son âge » . Les problèmes de comportement à la maternelle ou au début de l’école primaire sont un signe qu’il faut savoir écouter – et se révèlent bien souvent un déclencheur pour les parents, qui décident alors de creuser la question. C’est en effet une période difficile pour l’enfant surdoué. De manière générale, il y a une corrélation entre le niveau de douance et le niveau de difficulté ressentie pour s’intégrer dans les premières années d’école.

En discutant de ce point, on me remonte qu’attendre est un risque à prendre, car on peut ne pas discerner le mal être de son enfant… je ne suis pas si sûr que les enfants surdoués sachent à ce point se dissimuler aux yeux d’une personne attentive. Mais la remarque doit effectivement être prise en compte.

Quoi qu’il en soit n’attendez pas trop ! A partir de 8 ans les « chances » que la douance non détectée produise des effets négatifs deviennent pesantes et il est vraiment préférable que, si une formation dédiée soit à envisager, elle commence le plus tôt possible.

Le problème est que certains enfants surdoués développent une estime de soi dépréciée car ils se rendent compte très vite qu’ils sont différents des autres enfants. A cet âge, ils auront tendance à vouloir niveler cette différence, car ils la jugeront mauvaise.  Il est donc bénéfique qu’ils soient détectés avant les grandes étapes de la construction de la personnalité.

Alors tester d’accord, mais combien de fois ? Peut-on « trop » tester ?

Peut-on parler de trop de tests? Bien sûr. Généralement un test individuel suffit pour un enfant surdoué sauf si celui-ci à atteint trop de plafonds ; auquel cas il faudra le tester un peu plus vieux ; ou si les éléments détectés par le test ne semblent pas corrélés à la réalité perçue par le psychologue ou les parents. Il y a donc des exceptions à la règle et parfois, un nouveau test peut être effectué vers l’âge de 8 ou 9 ans si l’enfant a été testé pour la première fois à un âge très jeune. A partir de 8 9 ans, on considère néanmoins que le test est représentatif de la réalité. Pour peu en tous cas que l’on ai réussi à convaincre son enfant de répondre à l’ensemble des questions ; y compris celles qui semblent bien trop stupides… De toutes manières, réalisé un nouveau test 12 à 24 mois après le premier n’est pas recommandé même si le praticien le demande (eh oui la rentabilité à parfois ses raisons …)